Plomodiern 1939 : une noce "bien bretonne"

Le 21 août, Claudie Marcel-Dubois, l'abbé Falc'hun et Jeannine Auboyer ont été spécialement invités à assister au mariage d'un des amis de Yann Morvan, leur informateur du Cloître-Pleyben, en raison de la présence de sonneurs, une aubaine pour les enquêteurs. Jeannine Auboyer, dans le journal de route de la mission, qualifiera cette noce de "bien bretonne"...

Sur la place publique à Plomodiern, Yann Morvan menant la ronde
Sur la place publique à Plomodiern, Yann Morvan menant la ronde

Le 21 août, Claudie Marcel-Dubois, l'abbé Falc'hun et Jeannine Auboyer ont été spécialement invités à assister au mariage d'un des amis de Yann Morvan, leur informateur du Cloître-Pleyben, en raison de la présence de sonneurs, une aubaine pour les enquêteurs. Jeannine Auboyer, dans le journal de route de la mission, qualifiera cette noce de "bien bretonne"...

Bien bretonne?.... Pourtant, les musiciens que la Mission croisera en ce 21 juillet 1939 ne sont pas des sonneurs de "tradition" mais, comme le rapporte le journal de route, trois "joueurs de bag-pipes et bombardes et quelques danseurs en costume" [comme le montre la photo ci-dessus].

Le sonneurs suivi du cortège nuptiale se dirigent vers l'église de Plomodiern


Cela dit, Jeannine Auboyer note que "la grande majorité des membres du cortège ne portait pas de costume.  Laissons l'observatrice poursuivre son récit: "Le cortège se forma à la maison de la mariée et se rendit à la mairie précédé des bag-pipes et bombardes".

"Les bag-pipes étaient particulièrement beaux, tout enrubannés, la poche blanche et portant à un des bourdons le fanion blanc et noir du 'Gwenn ha du' Duché de Bretagne, sous prétexte que la société secrète qui se rendit célèbre par plusieurs attentats prit pour nous les couleurs (gwenn ha du) des ducs de Bretagne, il n’y a pas lieu d’en voir des adeptes dans tous ceux qui arborent le drapeau des anciens ducs".

La mariée venait ensuite, le marié marchait seul à la fin du cortège. Ils se rendirent ensuite à l’église ; pendant l’attente de leur sortie, nous avons entendu deux habitantes de Plomodiern dire que c’étaient des "Parisiens", que les deux mariés, qui ne savaient pas les usages bretons mais elles parurent apprécier la présence des sonneurs car, dirent-elles, "depuis 12 ans il n’y a pas eu de biniou à une noce".
Ceux-ci jouèrent devant le porche avant la sortie
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Les sonneurs sur le porche de l'église de Plomodiern

Malheureusement les instruments n’ont pas été enregistrés, mais deux séquences de film (muet, N/B) ont été tournées [procession et sortie de l'église danses sur la place du village]

Le commentaire qui suit laissé par Jeannine Auboyer dans le journal de route constitue un précieux témoignage sur changement d’époque et l’adoption dans les milieux militants du biniou nevez :

Le fait de voir ces hommes pour la plupart en veston ou en smoking et les femmes en robe longue danser les danses traditionnelles prouve que nous avons là "l’articulation" de la perte des pratiques d’autrefois et du renouveau introduit depuis quelques années dans la reprise des traditions. ce fut là le seul intérêt de cette noce. Le repas eut lieu à l’hôtel ; il se prolongea par des chants modernes en breton ou non et en particulier certains chants "nationalistes".

On ne pouvait pas mieux conclure...!
Ce "changement d'époque" sera régulièrement observé par Claudie Marcel-Dubois sur d'autres terrain métropolitains (voir "Des danses de salon tout terrains").

Rédactrice: Marie-Barbara Le Gonidec

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