Caraïbes francophones

Ensemble instrumental (tambour "boula" à cymbalettes, accordéon diatonique, hochet "hacha" et triangle), formé d'A. et Norbert Gréaux, Léopold Blanchard et I. Laplace, jouant une biguine, île de Saint-Barthélémy (baie de Lorient), 12 septembre 1971 (cliché Claudie Marcel-Dubois, Mucem Ph.1972.117.009))
Ensemble instrumental (tambour "boula" à cymbalettes, accordéon diatonique, hochet "hacha" et triangle), formé d'A. et Norbert Gréaux, Léopold Blanchard et I. Laplace, jouant une biguine, île de Saint-Barthélémy (baie de Lorient), 12 septembre 1971 (cliché Claudie Marcel-Dubois, Mucem Ph.1972.117.009))

Présentation

Soucieuses de vérifier si les isolats francophones ont bien été des conservatoires des chansons françaises de tradition orale, tant pour les airs que pour les paroles, Marcel-Dubois et Pichonnet-Andral avaient déjà exploré quelques archipels canadiens, entre 1961 et 1963, ainsi que les îles anglo-normandes, ou Channel Islands, toutes proches du Cotentin, en 1970. L’année suivante, elles parcourent plusieurs îles des Antilles françaises et amorcent ainsi leur enquête la plus longue, poursuivie durant près de quinze ans. Elles la relancent, un lustre plus tard, en terre étrangère (Haïti et Saint-Lucia, 1976), pour se concentrer ensuite sur l’archipel guadeloupéen où elles effectuent, de 1978 à 1984, cinq missions. Elles retournent ainsi, parfois à deux reprises, à Marie-Galante, Saint-Barthélemy, La Désirade, le long de la Côte sous le Vent (Basse-Terre) ainsi que sur la Grande Terre.
Leurs investigations sur les répertoires chansonniers confirment que la composante métropolitaine y tient encore une place notable, particulièrement à Saint-Barthélemy où
"J’irai revoir ma Normandie" leur est chanté par H. Gréaux (MUS1972.006.106), parente d’informateurs enregistrés par Alan Lomax en 1962, mais aussi à La Désirade où elles peuvent entendre quelques classiques du chant de marin dont "Par un beau matin sur la rade de Toulon" (MUS1972.006.273). Dans le même ordre d’idées, elles retrouvent une crécelle dite "rara" dont l’apparence et l’emploi durant la Semaine sainte (MUS1972.006.055, MUS1972.006.056), sont conformes à ceux observés par elles au cours de précédentes enquêtes dans les Pyrénées ou en Bourgogne.
Cependant les enquêtrices ne tardent pas à relativiser la portée de ces faits, rapportés à la puissance des processus de métissage mais surtout à l’importance – et à l’intérêt – des formes particulières que revêtent les pratiques musicales populaires dans l’aire caraïbe. Au fil des terrains, elles accumulent des quantités impressionnantes de données sonores (malheureusement pas encore toutes disponibles, voir ci-après).
Ces données témoignent de l’implantation de la musique "gwoka"
(MUS1972.006.225) comme de l’émergence des steel-bands (tel l’ensemble martiniquais "Les Cobras" MUS1972.006.278) dont les tambours, appelés "steel-drums", sont des bidons de récupération débités de façon à restituer les degrés de la gamme (MUS1972.006.112).

Elles documentent davantage encore la place tenue par le "boula" vocal, du nom donné au tambour sur cadre à cymbalettes qui est au cœur d’un dispositif instrumental combinant des percussions et un instrument mélodique, violon  ou accordéon et avec d’autres percussions (MUS1972.006.197 et MUS1972.006.032), dont une est souvent jouée par le chanteur, percussions telles que triangle, râcleur "siak" (MUS1972.006.113 et MUS1979.012.030),  hochet "chacha" (MUS1979.012.056), et "tibois" ou "ti-bwa" (MUS1979.012.042). Dans cet enregistrement (MUS1972.006.054), Manuel Magras, un informateur de Saint-Barthélemy, en détaille l’usage aux enquêtrices.
Au terme de leurs observations, Marcel-Dubois et Pichonnet-Andral identifient la musique instrumentale à un quasi-monopole masculin, même quand l’instrument n’exige pas un grand déploiement de force musculaire, alors que celui des femmes dans le domaine du chant, soliste ou choral, leur paraît moins absolu, sauf à l’église, comme en témoigne la Marie-Galantaise Claudette Pelage à l’inépuisable répertoire de noëls (MUS1979.012.148).
Les enregistrements privilégient enfin la dimension fonctionnelle de la musique, mise au service des cultes religieux et surtout des bals. Il apparaît que, dans ceux-ci, la mérengué et surtout la biguine sont loin d’avoir supplanté le quadrille, mais il est vrai que le territoire d’élection de celle-ci, la Martinique, a été moins enquêté que l’archipel guadeloupéen. On relève aussi que
, comme dans les bals parisiens du siècle précédent, la cinquième figure du quadrille antillais est souvent appelée la Saint-Simonienne (MUS1972.006.197) et que les évolutions des danseurs restent régies par un "commandeur", ici Alphonse Brel enregistré en novembre 1979 sur l’île de Marie-Galante (MUS1979.012.040). Il restera à déterminer si cet usage relevait toujours du registre de la banalité ou s’il a plus spécialement retenu l’attention des enquêtrices à raison de son caractère insolite et désuet.

Des données actuellement lacunaires

Une part significative des archives constituées durant cette enquête reste à transférer dans Didómena, l’entrepôt de données sur lequel ce site s'adosse.
Il s’agit des données sonores recueillies à Saint-Barthélemy en 1978 (collection MNATP 1979.013, à l’exception de l’item 007) ainsi qu’en Guadeloupe en 1982-1983 (collections MNATP 19.013.024 et 025) puis en 1984 (collection MNATP 1986.014). D’autre part, les données sonores recueillies en Haïti et à Saint-Lucia en 1976 (collection MNATP 1976.047) ne sont que partiellement numérisées.
Enfin, les négatifs des photographies prises par Claudie Marcel-Dubois lors des missions guadeloupéennes qui s’échelonnent de 1978 à 1984 semblent ne pas avoir été consignés à la photothèque du MNATP, qui, en toute hypothèse, n’a pas reçu de tirages. Conséquemment, il n’y en a aucune trace dans les collections photographiques du Mucem.
Seul le dossier d’archives textuelles correspondant aux missions menées à Basse-Terre, Côte sous le vent, en 1979-1980 puis en 1982-1983 (FRAN_2013_0043_116) renferme des tirages qui n’ont pas, à ce jour, été numérisés. Il est au passage à noter que la mission de février 1984 (qui portait principalement sur le carnaval de Basse-Terre) n’a pas donné lieu à l’ouverture d’un dossier et que les enregistrements réalisés durant cet ultime terrain n’ont été inscrits à l’inventaire du musée qu’en 1986, quelques mois avant le départ de Pichonnet-Andral à la retraite.
Les lacunes déparant les données photographiques peuvent être modestement compensées par les reproductions qui illustrent les livrets accompagnant les albums phonographiques publiés par la Société d’histoire de la Guadeloupe en 1982 ("La Musique à Marie-Galante", p. 26 ) et en 1986 ("Musique de la Côte sous le Vent"). En sont crédités Marcel-Dubois, Philippe Bavardais, un photographe marie-galantais, et l’anthropologue Gérard Collomb. Membre lui aussi, à cette époque, du MNATP-CEF, il a effectué une mission à Marie-Galante en 1978, quelques mois avant la venue des deux ethnomusicologues. Il existe du reste d’autres clichés de musiciens de Marie-Galante pris par Gérard Collomb qui les a remis à la photothèque du Musée. Dans la collection Mucem portant le n° d’inventaire Ph.1978.100, il s’agit des vues 001 à 014.

Données de l'enquête

Elles comprennent d'abord celles réunies lors du premier terrain (1971), à savoir 279 fichiers d’archives sonores (MUS1972.016) et 2 collections photographiques (ph.1972.117, 84 vues et ph.1972.118, manquantes).
Tous les terrains suivants ne sont pas encore documentés.
Ont pu cependant être configurées trois grandes "sous-collections", correspondant aux missions de 1976 (Haîti et Saint-Lucia), 1978 (Marie-Galante et Saint-Barthélemy) et 1982-1983 (Côte sous le Vent). Elles rassemblent pour le moment 768 fichiers d’archives sonores répartis en cinq séries, MUS1976.047 (incomplète), 1979.012 et 1979.013, 1983.024 et 1983.025, ainsi que 288 fichiers d’archives textuelles ventilés dans 13 dossiers relevant de 4 cotes (FRAN_0011_2013043_108, 112, 113 et 116). La collection MUS1986.014 (carnaval de Basse-Terre et Côte sous le Vent 1984) sera ajoutée ultérieurement), ainsi que les fichiers photographiques postérieurs à 1971 qui pourront être retrouvés.


Enquête Caraïbes francophones [1971]
Mission Sainte-Lucie et Haïti [1976]
Mission Guadeloupe Marie-Galante Saint-Barthélémy [1978]
Mission Guadeloupe Côte sous le vent [1982-1983]

Rédacteur: François Gasnault